Histoire

 

 

Le programme Passeport pour ma réussite est né de la vision du Centre de santé communautaire de Regent Park qui veut que les enfants de la communauté deviennent les médecins, les infirmiers, les travailleurs sociaux, les agents de santé communautaire et les administrateurs du Centre de santé dans la communauté.

 

En 2001, Carolyn Acker, à l'époque directrice du Centre de santé communautaire de Regent Park, fondait Passeport pour ma réussite  en collaboration avec Norman Rowen, le premier directeur du programme Passeport. Dix ans plus tard, le taux de décrochage au secondaire dans le quartier avait diminué de plus de 70 %, et le nombre de diplômés qui entreprenaient des études postsecondaires était passé de 20 % à 80 %. Aujourd’hui, le programme a été reproduit dans onze autres communautés économiquement désavantagées et près de 4000 élèves obtiennent des résultats comparables à ceux de Regent Park.  

Un mouvement collectif de la communauté

Les tentatives pour réduire les taux élevés de décrochage au sein des communautés défavorisées sur le plan économique s'étaient soldées pour la plupart par des échecs. Les initiatives scolaires et les réformes de programmes ne parviennent pas, à elles seules, à remédier à la situation, surtout parce que les facteurs de risque ne sont pas exclusifs à l’environnement scolaire. En effet, la réussite des jeunes à l'école dépend d’un certain nombre de facteurs critiques qui se trouvent dans les collectivités où nous vivons.

C'est essentiellement en délaissant la vision étroite axée sur l'environnement scolaire pour adopter une vision élargie articulée autour de l’ensemble de la communauté, écoles comprises, que nous avons conçu le programme Passeport pour ma réussite.

En 1999, la directrice générale du Centre de santé communautaire de Regent Park, Carolyn Acker, a pris conscience du fait que les conditions dans cette communauté économiquement désavantagée se détérioraient à vive allure. Le centre de santé s'est mis à adapter ses services et ses programmes en conséquence. Au moment où il s'efforçait de satisfaire les besoins de la communauté, la violence connaissait une recrudescence d’année en année. De jeunes garçons se joignaient à des gangs pour terroriser les gens, vendaient de la drogue et se retrouvaient impliqués dans des meurtres avec armes à feu. Dans le quartier, il régnait un climat de désespoir et d'impuissance et les adolescents impliqués dans ces délits étaient de plus en plus jeunes.

L'année où le centre communautaire effectuait des recherches en vue de mettre sur pied un programme qui deviendra plus tard Passeport pour ma réussite, neuf meurtres avaient été commis dans le quartier Regent Park. Un profond sentiment de désespoir s'était emparé des gens. Dans la communauté, les parents, peu importe leur origine, craignaient pour la sécurité de leurs enfants et ils s'inquiétaient pour leur avenir. En fait, ils voulaient, pour leurs enfants, la même chose que les parents de la classe moyenne. Ils savaient pourtant très bien ce que les recherches révéleraient;  le décrochage au secondaire représentait un grave problème dans la communauté.

Élimination de l'écart de rendement scolaire

D'après les résultats de la recherche, le taux de décrochage au secondaire atteignait 56 % à Regent Park, soit deux fois la moyenne de la ville de Toronto. Et chez les jeunes issus de foyers monoparentaux et les jeunes d'immigrants, il dépassait les 70 %. Après avoir recueilli l'opinion des parents et des jeunes eux-mêmes, celle des employés des organismes locaux et des écoles primaires du quartier, et après avoir étudié les pratiques exemplaires des programmes qui avaient réussi à améliorer les résultats scolaires, Carolyn Acker et Norman Rowen ont conçu le programme Passeport pour ma réussite.

Basé dans la communauté, le programme devait fournir quatre types de soutien intégré, et ce, tout au long des quatre ans d’école secondaire :

  • quatre soirs de tutorat par semaine dans la communauté;
  • des billets d'autobus et des bons donnant droit à des repas mérités selon les présences en classe, plus une bourse de 4000 $, à utiliser pour payer les frais d'études postsecondaires dans un collège ou une université;
  • des séances de mentorat en groupe pour les élèves de 9e et 10e année, des séances de mentorat professionnel ou lié à une spécialité pour les élèves de 11e et de 12e année;
  • des conseillers-ressources parents-élèves; des membres du personnel faisant office d’intermédiaire entre la communauté, les parents, les écoles secondaires, les élèves et le programme.

Grâce au financement indispensable des premiers commanditaires, en l’occurrence la Counselling Foundation of Canada et la Fondation Trillium de l’Ontario, le programme Passeport pour ma réussite s'apprêtait à démarrer.

En septembre 2001, le projet pilote de Passeport pour ma réussite dans le quartier Regent Park accueillait sa première cohorte d'élèves de 9e année en leur offrant des services de soutien scolaire et de mentorat et en leur distribuant des billets d'autobus pour se rendre à l'école.

Les parents recevaient de l'orientation sur les coutumes et les institutions canadiennes ainsi que d'autres formes de soutien. Les élèves signaient avec leurs parents des ententes par lesquelles ils s'engageaient à participer à la première année du programme. Depuis, leur nombre n'a pas cessé de croître pour atteindre des records.

L'obligation de rendre compte aux élèves, aux parents et aux bailleurs de fonds, à laquelle était assujetti Passeport pour ma réussite, s'articulait autour de l'évaluation des résultats, permettant ainsi de confirmer l'efficacité du programme. Cinq ans plus tard, la recherche et l’évaluation confirmait des résultats spectaculaires: chez les élèves ayant participé au programme, on constatait une réduction du décrochage de plus de 70 % et une augmentation à plus de 300% du nombre de diplômés qui entreprenaient des études postsecondaires. 

Les quatre piliers de soutien, qui deviendraient le programme Passeport pour ma réussite, étaient la preuve pour nos jeunes que la communauté ne les abandonnerait pas. Il était inacceptable de voir tant de jeunes sombrer dans le crime, la drogue et le désespoir. Les attentes des gens à l’égard du centre communautaire se sont ensuite multipliées, et en retour, le centre de santé, à son tour, a élevé nos attentes à l’égard de nos jeunes et des écoles. 

Reproduction à l'échelle nationale couronnée de succès 

Devant la réussite du projet pilote du quartier Regent Park, les dirigeants de Passeport pour ma réussite se sont mis à étudier la possibilité de répliquer le programme afin de répondre aux besoins de jeunes issus de communautés économiquement désavantagées comparables au Canada. Sous la direction des membres du conseil d’administration, Samuel L. Duboc et Greg Keissling notamment, et en collaboration avec la fondatrice et directrice générale Carolyn Acker, Passeport pour ma réussite Canada a été fondé en 2005 dans le but de reproduire ce programme novateur dans différentes communautés un peu partout au pays.

En 2007, le Boston Consulting Group (BCG), sous la direction du regretté David Pecaut, a procédé à une analyse percutante du programme Passeport pour ma réussite, en évaluant rigoureusement les retombées du programme à court et à long terme. L’étude a confirmé ce qu'avaient toujours cru les fondateurs de Passeport pour ma réussite : si on élimine les barrières systémiques qui constituent des obstacles à l’éducation, les élèves issus de communautés défavorisées peuvent obtenir des résultats scolaires comparables, voire supérieurs, à ceux de leurs pairs des quartiers plus aisés. D'après l'étude du BCG, faite à partir d'avantages définissables et quantifiables, essentiellement les impôts plus élevés (sur des revenus gagnés plus élevés) et de la la réducion des paiements de transfert gouvernementaux, chaque dollar investi dans le programme Passeport assure un rendement social de 24 $ pour l'ensemble de la communauté.

Passeport pour ma réussite est plus déterminé que jamais à desservir les communautés qui ont un urgent besoin de ses services et à produire des résultats concrets.