Un diplômé de Passeport Ottawa parle de son rapport aux stéréotypes, de la poursuite de sa passion pour le sport et de son engagement à aider les jeunes à exploiter leur potentiel. 

 

Ronny comprend ce qu’est la force d’un récit. Ayant grandi dans un logement communautaire de l’ouest d’Ottawa, il a vu comment les histoires que racontent les gens sur un quartier peuvent façonner — et souvent limiter — ce que les jeunes croient possible pour leur avenir. Il a aussi appris qu’avec le bon soutien, ces jeunes peuvent entrevoir une voie différente. 

Dans son premier livre, Not Yet: A Memoir of Redemption, Sports, and Chasing Dreams, Ronny écrit sur la façon de surmonter l’adversité et de bâtir une vie porteuse de sens. Aujourd’hui, il travaille dans l’industrie du sport et a acquis de l’expérience auprès des Raptors de Toronto, de Maple Leaf Sports & Entertainment et de Sport Canada dans le dossier de la FIFA 2026. Il est également fondateur de Skyline Sports Global, conseiller en culture de haute performance et conférencier, et il travaille auprès d’écoles partout au Canada afin d’aider les jeunes à bâtir leur confiance, leur leadership et à mieux orienter leur vie après le sport. Sa mission est d’aider les jeunes à réaliser que leurs histoires, leurs antécédents ou leurs différences ne sont pas des limites, mais bien leurs plus grandes forces. 

Nous nous sommes entretenus avec Ronny pour en savoir plus sur son parcours et sur les raisons pour lesquelles il s’engage à aider les jeunes à prendre en main leur propre destinée.  

 

De quelle partie de ta carrière es-tu le plus fier? 

J’ai toujours rêvé de travailler dans le sport, et j’adore absolument ça. Mais pour être honnête, ce que j’aime le plus en ce moment, c’est d’aller dans les écoles et de parler aux jeunes, parce que j’ai été à leur place. Je sais à quel point j’avais besoin d’aide à cet âge, à quel point j’avais besoin de modèles. En grandissant, je ne voyais personne qui me ressemblait à des postes de premier plan.  

Maintenant, j’essaie de montrer aux élèves que la réussite prend différentes formes. Je porte des boucles d’oreilles, j’ai des tresses collées. Quand les élèves me voient, c’est un signe qui leur indique que, même si j’ai travaillé dans des milieux sportifs professionnels, je suis encore moi-même.  

Honnêtement, si je parle à 300 élèves, et qu’une seule personne vient me voir après pour me dire : « Ton histoire m’a inspiré », j’ai l’impression de réaliser mon objectif.

Quand as-tu réalisé que tu pouvais faire carrière dans l’industrie du sport? 

En grandissant, je ne savais pas ce que je voulais faire dans le futur, mais je savais que je voulais travailler dans le sport. Puis, à mon 12e anniversaire, je me suis cassé le genou. Je savais alors que je ne pourrais pas devenir un athlète professionnel, mais je voulais quand même faire partie de ce monde. 

Alexandra (Xan), ma mentore Passeport, m’a mis en contact avec une personne qui travaillait pour les Sénateurs d’Ottawa et m’a encouragé à communiquer avec elle. Je l’ai fait, et il a pris le temps de répondre à toutes mes questions! 

Beaucoup de jeunes pensent que s’ils ne deviennent pas des athlètes professionnels, c’est la fin. Mais le monde du sport est vaste. Il n’y a pas que les athlètes : il y a aussi les équipes d’entraînement, de gestion, de représentation, de marketing, de diffusion et de physiothérapie.  

Passeport m’a aidé à voir ces possibilités. Ils m’ont permis de découvrir tôt ce milieu et m’ont fait comprendre qu’une carrière dans le sport était à ma portée. 

Revenons un peu en arrière. Parle moi d’où tu as grandi à Ottawa. À quoi ressemblait ta communauté? 

C’était vraiment plusieurs choses. C’était merveilleux, c’était unique, c’était fou, c’était triste, c’était effrayant… tout ça en un endroit. 

Quand on est jeune, on ne pense pas vivre dans un mauvais quartier. On est des enfants. On s’amuse. Mais vers 14 ou 15 ans, on commence à traîner dans le quartier et le risque qu’on se mêle à quelque chose de mauvais est grand. 

Il y avait des gangs autour, mais comme j’avais des grands frères, je n’avais pas besoin de leur validation, mais j’ai remarqué que mes amis qui n’avaient pas de frères plus âgés allaient chercher cette validation. 

Avez-tu déjà ressenti une pression de t’impliquer dans ce qui se passait autour de toi? 

J’avais environ 16 ans. Je m’en souviens comme si c’était hier. Nous étions tous en groupe et un de mes amis nous a dit : « Très bien, les gars, il est temps. Notre nom est établi. Les gens nous connaissent. Les gens nous respectent. »  

Il vendait déjà de la drogue et voulait nous inclure, moi et le reste de mes amis. À ce moment-là, je savais que je devais faire un choix : est-ce que j’allais suivre cette voie ou non? 

J’ai pensé à ma mère, à tout ce qu’elle a fait pour moi, à tous les sacrifices qu’elle a faits. Ma mère était Superwoman. Nous n’avons jamais manqué un repas, je n’ai jamais manqué de vêtements, et j’ai toujours eu ce dont j’avais besoin.   

Alors, j’ai dit à mes amis : « Non, je ne vais pas le faire ». 

Ils ont respecté ma décision. Ils ne se sont pas moqués de moi. Ils ont dit : « Très bien, mon frère, tu vas faire ton truc. » 

Comment trouvais-tu l’école à cette époque-là?  

On était tellement habitués à être jugés à l’école. Les profs ont supposé qu’on allait tous être des membres de gang. Je me souviens qu’à la première semaine de ma 7e année, j’ai été retiré de ma classe et placé dans une classe plus petite avec quatre ou cinq autres élèves. Ils m’ont dit que c’était parce que j’« apprenais trop lentement ». J’ai porté ça avec moi pendant longtemps. 

Alors, quand j’ai commencé Passeport en 9e année, je n’ai pas vraiment pris ça au sérieux pendant les deux premières années. Nous n’avions pas confiance que le personnel avait nos intérêts à cœur. J’étais juste là avec mes amis pour me détendre, rire et faire acte de présence.  

Mais le personnel n’a tout simplement pas lâché. Ils voulaient qu’on voie notre potentiel. À un certain moment, j’ai réalisé que Passeport nous offrait tout ce dont nous avions besoin : des billets d’autobus, du soutien aux devoirs. À l’école, on nous regardait souvent de haut et on nous disait qu’on était des mauvais jeunes, mais à Passeport, on nous disait : « On croit vraiment en vous. »  

Comment le programme Passeport t’a-t-il aidé à atteindre tes objectifs? 

La plus grande chose que Passeport a faite pour moi, c’est en 11e année. J’avais dit à ma conseillère d’orientation que je voulais aller à l’université, parce que je savais qu’il fallait un niveau d’études plus élevé pour travailler dans le domaine du sport. Elle m’a dit : « C’est impossible pour toi d’aller à l’université ». J’ai pensé : « Impossible? » 

Heureusement, j’ai eu un grand soutien, donc je n’ai pas cru ce qu’elle m’a dit.  

Passeport m’a parlé d’un programme de soutien à l’enrichissement à l’Université Carleton. C’était un programme auquel on pouvait postuler sans avoir le nombre habituel de crédits scolaires. À mon école, on ne m’avait pas parlé de cette option. On m’avait juste dit : « Non, tu n’iras pas à l’université ». Passeport m’a même amené à Carleton pour une journée portes ouvertes. Pour la première fois, j’avais l’impression que je pouvais y arriver. 

J’ai donc commencé à me présenter régulièrement à Passeport. J’ai fait mes devoirs, j’ai demandé à mes mentors de les réviser. Et puis mes notes ont commencé à s’améliorer. 

Lors de la remise des diplômes au secondaire, quand on a annoncé le prix de la plus grande progression, on a appelé mon nom! J’ai eu l’impression d’avoir renversé les rôles, de passer du gamin stupide en classe à celui qui entre à l’université. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme du programme Passeport, j’ai également reçu le prix Rise to Stardom.  

Que signifie Passeport pour toi? 

Je pense que Passeport vous permet de faire le pont entre la personne que vous êtes et celle que vous pourriez devenir. Ils vous aident vraiment à voir votre potentiel. Et c’est énorme, car la majorité des jeunes de Passeport ne sont pas issus de milieux privilégiés. C’est facile de sentir qu’on n’est pas comme les autres.  

Je dis toujours ça aux élèves : tout le monde a son superpouvoir. Vous n’avez qu’à trouver le vôtre. Et je crois que Passeport vous aide vraiment à comprendre quel est votre superpouvoir. Même si vous venez d’un milieu difficile ou d’un « mauvais » quartier, ça peut aussi être une bénédiction. Parce que ça peut vous apprendre la résilience. Ça peut vous apprendre l’importance de prendre soin des autres. Ça peut vous enseigner bien des compétences de vie différentes.  

Pour moi, Passeport signifie l’espoir. C’est l’amour, c’est la communauté, c’est la compréhension. C’est quelqu’un qui te tient la main pendant le secondaire pour te guider vers ce qui vient ensuite. C’est simplement un endroit merveilleux où on peut grandir. C’est un espace sans jugement, où le soutien est au rendez-vous et où on peut pleinement s’assumer, dans toute son identité et son parcours. 

 

Not Yet: A Memoir of Redemption, Sports, and Chasing Dreams par Ronny Musikitele est accessible ici.