À Passeport Vancouver, une mentore de confiance a aidé Stephanie à développer un engagement de toute une vie : celui de redonner à sa communauté.

Trois soirs par semaine, Stephanie se rend au centre Passeport pour la réussite de Vancouver, sur la rue Keefer, où des jeunes de Strathcona, du quartier chinois et du quartier Downtown Eastside se réunissent après l’école. En tant que conseillère-ressource sur place, elle arrive tôt pour préparer le matériel et approvisionner le coin cuisine de collations saines. Elle est consciente que pour beaucoup d’élèves, c’est le seul repas sur lequel ils peuvent compter dans la journée.
Au fur et à mesure que l’espace se remplit, Stephanie passe d’un rôle à l’autre selon les besoins du moment. Un instant, elle endosse le rôle de tutrice, aidant les jeunes à résoudre un problème de mathématiques ou à rédiger une dissertation; l’instant d’après, elle se fait oreille attentive, s’asseyant avec les élèves pour discuter calmement et les orienter vers les ressources appropriées.
« Après trois ans, je connais ces jeunes, » dit Stephanie. « J’ai grandi dans le même quartier qu’eux, donc la confiance est déjà là. Je leur fais comprendre que c’est normal de demander de l’aide. »
C’est une leçon qu’elle a apprise il y a sept ans, alors qu’elle était nouvelle au programme Passeport.
Stephanie se souvient de sa première rencontre avec sa conseillère-ressource, Kathryn. Elle avait la tête pleine de questions : Pourquoi ma vie vous intéresse? Pourquoi vous vous souciez de moi? Elle ne s’attendait pas à ce que quelqu’un l’écoute, et encore moins à ce que quelqu’un lui offre le genre de soutien dont elle avait besoin.
Stephanie a grandi dans le quartier Downtown Eastside, l’aînée d’une famille d’immigrants vietnamiens. Après avoir perdu ses deux parents, elle a dû grandir prématurément pour s’occuper de ses trois jeunes frères et sœurs.
Le soutien concret qu’elle a reçu chez Passeport a permis d’alléger sa charge, qu’il s’agisse de titres de transport, de cartes d’épicerie, de séances de tutorat gratuites ou de collations après l’école.
« À un moment donné, j’ai eu l’impression que je ne pouvais rien changer à ma vie ni à ma situation », raconte Stephanie. « Mais Passeport était un endroit où je pouvais simplement être une jeune comme les autres, manger un peu et faire mes devoirs. Ça a compté énormément pour moi. »
Les élèves du programme Passeport sont également jumelés à des conseillers et conseillères qui prennent le temps d’établir une relation de confiance. Dans le cas de Stephanie, cette personne était Kathryn, une mentore vers qui elle pouvait se tourner sans hésiter.
« Kathryn était toujours là, à m’écouter », raconte Stephanie. « Je n’avais jamais honte de lui avouer que j’avais des difficultés. »

Quand Stephanie ne savait pas comment expliquer à ses enseignants ce qui se passait à la maison, Kathryn l’aidait à trouver les mots et à demander des délais supplémentaires.
Elle l’a aussi encouragée à essayer de nouvelles choses. Sur ses conseils, Stephanie s’est inscrite à sa première expérience de bénévolat dans le cadre d’un programme d’été appelé Fresh Roots.
« J’ai passé tout l’été à travailler dans des fermes un peu partout dans le Lower Mainland. Je me suis fait de nouveaux amis. C’était un programme de leadership, et ça m’a vraiment encouragée. »
À la fin de l’été, Kathryn lui a posé une question simple : Que vas-tu faire avec tout ce que tu as appris?
Après réflexion, Stephanie a décidé de fonder un club de jardinage et de cuisine dans son école. Cela voulait dire parler aux enseignants, organiser des réunions, puis demander concrètement aux élèves de venir. C’était angoissant, mais elle l’a fait quand même.
Peu de temps après, Stephanie s’est présentée à la présidence du conseil étudiant, car elle voulait représenter les élèves dont la voix était rarement entendue. « Je suis allée parler aux jeunes à qui on ne demande jamais leur avis », déclare-t-elle. « J’avais l’impression de pouvoir aider les gens. C’était ma motivation. »
À 16 ans, elle est allée plus loin dans son engagement en cofondant Nurtured Youth Community, un organisme dirigé par des adolescents qui proposait aux jeunes des ateliers virtuels sur les soins personnels et la santé mentale, avec l’appui de spécialistes bénévoles.
Deux ans plus tard, Stephanie a accédé à des responsabilités encore plus importantes en siégeant au conseil d’administration du Britannia Community Services Centre, dans l’est de Vancouver. Elle voulait s’assurer que les jeunes aient leur mot à dire sur les programmes et les services qui les concernent. Mais le défi était de taille.
« À seulement 18 ans, je faisais partie d’un groupe qui approuvait des budgets de reconduction de 25 millions de dollars! Je n’arrêtais pas de me demander : « Qu’est-ce que je fais ici? Est-ce que ma voix compte vraiment? »
Quand elle doutait d’elle-même, elle repensait à ce que Kathryn lui avait toujours dit : sa voix comptait, et elle était capable d’instaurer le changement.

Cette conviction continue de guider les choix de Stephanie. Aujourd’hui étudiante en sciences politiques à l’Université Simon Fraser, elle souhaite devenir avocate, dans l’espoir de mieux comprendre les systèmes qui façonnent la vie des jeunes. Son travail continu au sein de la communauté lui a valu de recevoir dix bourses jusqu’à présent, une expérience dont elle se sert maintenant pour accompagner d’autres jeunes.
« Je sens que je dois m’investir en retour », dit-elle. « J’ai toute cette information sur les bourses. Je ne veux pas que tout cela se perde. »
Ce qui a commencé par de simples conseils donnés à quelques camarades s’est transformé en un effort ciblé. Au cours des trois dernières années, Stephanie a aidé des jeunes issus de milieux défavorisés à obtenir plus de 2,4 millions de dollars en bourses d’études, en les accompagnant dans leurs démarches et en les aidant à ouvrir des portes.
En 2025, elle a été mise en nomination pour le prix Jeunes femmes de distinction du YWCA pour la région du Grand Vancouver.

« C’était irréel », confie-t-elle. « Me retrouver dans ces salles, aux côtés d’Olympiennes et de femmes d’affaires, et sentir que j’y avais ma place, même si j’étais peut-être la seule jeune de mon milieu. »
Pour Stephanie, l’un des lieux les plus significatifs reste Passeport Vancouver, où des relations durables l’ont soutenue et l’ont aidée à grandir. Maintenant, les élèves lui posent parfois la question qu’elle a posée autrefois. Pourquoi vous vous en souciez autant?
« Je m’en soucie parce que je le peux. J’en suis capable maintenant, » dit-elle.
« Passeport m’a donné cette chance d’aider d’autres jeunes. C’est aussi simple que ça. »
