Répercussions du statut socioéconomique et du niveau de scolarité sur la réussite des jeunes

Le milieu de vie d’un jeune a une incidence importante sur la capacité des jeunes à réussir sur le plan scolaire, à maintenir une stabilité financière et à atteindre la réussite professionnelle à l’âge adulte. Des décennies de recherches à l’échelle nationale et mondiale ont démontré que les jeunes issus de communautés à faible revenu se heurtent à des obstacles socioéconomiques particuliers qui nuisent à leurs chances d’obtenir leur diplôme d’études secondaires, et de poursuivre des études postsecondaires, de suivre une formation ou d’obtenir un emploi gratifiant (Gilmore, 2010; Lyche, 2010).

Chaque année, des milliers d’élèves canadiens de niveau secondaire qui font face à de tels obstacles prennent la décision, lourde de conséquences pour leur avenir, de décrocher. S’appuyant sur les données de Statistique Canada, Uppall (2017) a constaté qu’en 2016, 8,5 % des hommes et 5,4 % des femmes âgées de 25 à 34 ans possédaient un niveau de scolarité inférieur à un diplôme d’études secondaires, ce qui représente près de 340 000 jeunes Canadiens. Les coûts associés au décrochage scolaire au Canada sont accablants et creusent des écarts de réussite qui peuvent nuire aux jeunes pour le reste de leur vie. Cette situation touche les étudiants, leur famille et leur communauté, et a également des répercussions considérables sur la santé, les systèmes d’aide sociale et l’économie de notre pays.

Importance du milieu

Ces répercussions à long terme sur les jeunes prennent racine dans leur milieu immédiat. En effet, le milieu de vie des jeunes a une incidence sur leurs chances de connaître une vie enrichissante à l’âge adulte. Les installations auxquelles ils ont accès, notamment les centres communautaires, les bibliothèques et les terrains de jeux, sont essentielles à leur développement positif et à leurs perspectives d’avenir. L’accès limité à des adultes bienveillants, à des espaces sécuritaires, à des activités d’enrichissement après l’école et au cours de l’été, et à une alimentation appropriée, ainsi que la non-satisfaction des besoins quotidiens de base ont des répercussions négatives sur le développement social, émotionnel et cognitif des jeunes. Ces contraintes sont autant d’obstacles importants à la réussite scolaire et entraînent un sous-rendement à l’école. Malheureusement, il s’agit de la réalité de nombreux jeunes vivant dans les communautés à faible revenu du Canada. Ainsi, la probabilité qu’ils terminent leurs études secondaires et qu’ils poursuivent une formation ou des études postsecondaires est réduite, ce qui renforce d’autant leur désavantage économique (Hankivsky, 2008).

Dans les milieux à faible revenu, les parents et les proches trouvent souvent difficile d’offrir un environnement favorable au développement des enfants et des jeunes (Fortin, 2016; Lyche, 2010). L’un des obstacles les plus importants qui touchent les familles des communautés à faible revenu est l’état d’emploi des parents et l’imposant nombre d’heures qu’ils doivent travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. De nombreuses familles vivant dans des communautés à faible revenu dépendent d’un emploi précaire : un emploi contractuel, de mauvaise qualité ou à temps partiel qui souvent n’offre pas d’avantages sociaux (Gravel, Aubin, Cowell-Poitras, Daigneault et Toutant, 2013).

Des études ont montré que les parents issus de milieux à faible revenu sont souvent obligés de se concentrer sur les problèmes financiers immédiats et disposent en conséquence de peu de temps pour accomplir d’autres tâches, comme le soutien aux devoirs de leurs enfants ou la participation scolaire (Clay, 2015). Puisque les parents doivent consacrer une plus grande partie de leur temps à assurer un revenu stable, les jeunes qui vivent dans des communautés à faible revenu n’ont souvent pas le même accès au soutien scolaire ni au même degré d’attention parentale que ceux de la classe moyenne.

L’insécurité alimentaire[1] est un autre obstacle courant qui touche les familles vivant dans des milieux à faible revenu (Kirkpatrick et Tarasuk, 2009) et qui n’ont pas toujours accès à des aliments frais et nutritifs. Les communautés à faible revenu vivent souvent dans un environnement offrant un accès limité à des aliments nutritifs abordables; c’est ce que l’on appelle les « déserts alimentaires » (Toronto Foundation, 2016). Plus de 31 000 ménages à faible revenu de Toronto se trouvent à plus d’un kilomètre de marche d’un supermarché ou d’un magasin d’alimentation (Toronto Foundation, 2016). En outre, le ratio de magasins qui vendent des aliments malsains par rapport à ceux qui proposent des aliments nutritifs est de 15 pour 1 dans les quartiers socioéconomiquement défavorisés de Toronto (Santé publique Toronto, 2016). Il a de plus été démontré que les décrocheurs ont des taux plus élevés de problèmes de santé et une espérance de vie moindre que celle de ceux qui obtiennent leur diplôme d’études secondaires (Hankivsky, 2008; Conseil canadien sur l’apprentissage, 2009).

Répercussions à long terme

Ces obstacles socioéconomiques nuisent grandement à la réussite scolaire. Même si des jeunes de toutes les classes socioéconomiques quittent l’école avant d’avoir obtenu leur diplôme, de nombreuses études démontrent que le faible statut socioéconomique d’une famille est le principal prédicteur d’un départ prématuré de l’école (Levin, 1995; Tilleczek, Ferguson, Edney, Rummens, Boydell et Mueller, 2011; Tyler et Lofstrom, 2009). Les enfants provenant de familles vivant dans des quartiers à faible revenu présentent une probabilité nettement plus élevée d’échec scolaire vers la sixième année du primaire comparativement aux enfants qui ont toujours vécu dans des milieux à revenu moyen (De Civita, Pagani, Vitaro et Tremblay, 2004). En fait, vivre dans un quartier à faible revenu entraîne une plus grande probabilité de décrochage au secondaire (Brooks-Gunn, Duncan, Klebanov et Sealand, 1993; Brooks-Gunn, & Duncan, 1997; Duncan, Ziol-Guest et Kalil, 2010).           Les jeunes dont les parents ont abandonné l’école sont plus susceptibles de décrocher, ce qui entraîne des effets intergénérationnels de chômage ou d’emplois définis par de faibles salaires et peu ou pas d’avantages sociaux (Fortin, 2016; Gilmore, 2010; Lyche, 2010). Sans diplôme d’études secondaires, il devient plus difficile de trouver un emploi, et les postes occupés par ceux qui n’ont pas terminé leurs études secondaires présentent des taux de rémunération plus bas (Gilmore, 2010).     

Vivre dans un milieu socioéconomiquement faible peut également avoir une incidence négative sur la capacité d’un jeune à payer des études postsecondaires une fois son diplôme d’études secondaires obtenu, et augmenter la probabilité de vivre dans des milieux à faible revenu chronique à l’âge adulte (Galster et al., 2007; Statistique Canada, 2009). L’intégration à un établissement d’enseignement ou une bonne préparation à la vie après l’école secondaire et le début de l’âge adulte peut être considérablement plus difficile pour les jeunes issus de milieux à faible revenu. Cette situation a des répercussions sur les perspectives d’emploi de ces élèves, puisque le taux d’emploi de ceux qui ont obtenu leur diplôme d’études postsecondaires est supérieur de 30 points à celui des jeunes qui ont quitté l’école secondaire avant l’obtention de leur diplôme (Fortin, 2016). En outre, les jeunes ayant un niveau d’éducation supérieur obtiennent des postes plus stables et sont moins susceptibles de subir les effets des récessions et des fluctuations économiques associées au marché du travail du 21e siècle (OCDE, 2012).

Répercussions sur l’employabilité et l’économie canadienne

Lorsque les jeunes font face à des obstacles qui les empêchent d’atteindre leur plein potentiel, les répercussions s’étendent au-delà de leur vie personnelle et de leur famille, et touchent nos communautés et la société dans son ensemble. Les jeunes qui quittent l’école secondaire sans diplôme ont des revenus plus faibles et génèrent par conséquent des recettes fiscales moins élevées.               En fait, selon l’OCDE (2012), le revenu des Canadiens n’ayant pas de diplôme d’études secondaires est inférieur de 22 % à celui des diplômés du secondaire.

L’OCDE (2012) rapporte que les personnes peu scolarisées limitent la capacité de l’économie, ont une incidence négative sur la cohésion et la mobilité sociales et entraînent une augmentation des dépenses en santé publique et en soutien social. Ceux qui n’obtiennent pas leur diplôme d’études secondaires ont davantage recours à l’assurance-emploi que ceux qui terminent leurs études secondaires (Rouse, 2005; Hankivsky, 2008). Chaque diplômé du secondaire en Ontario permet au gouvernement provincial d’épargner près de 3 000 $ par année en dépenses liées à l’aide sociale, aux soins de santé et à la justice pénale (McCarthur-Gupta, 2019). Par conséquent, les élèves qui n’obtiennent pas leur diplôme d’études secondaires ont une incidence négative sur le pays dans son ensemble, car la société dispose de travailleurs moins qualifiés et perd par le fait même le potentiel de revenus et de recettes fiscales qu’ils auraient généré en tant que travailleurs mieux qualifiés (Lyche, 2010; Hankivsky, 2008). Outre la baisse des recettes fiscales pour le pays, ceux qui n’obtiennent pas leur diplôme d’études secondaires entraînent aune augmentation des coûts en raison de la pression exercée sur les services sociaux et les soins de santé, ainsi que de leur taux d’incarcération plus élevé (McArthur-Gupta, 2019; Lyche, 2010).

Les gens plus éduqués sont également plus susceptibles de faire du bénévolat, de voter et de participer aux aspects sociaux de la communauté (Hankivsky, 2008). Des études au Canada ont démontré l’incidence de l’éducation sur l’engagement civique. Hankivsky (2008) a démontré que dans les régions rurales, une personne possédant un diplôme universitaire est au moins deux fois plus susceptible de faire du bénévolat qu’une personne qui quitte l’école secondaire avant l’obtention de son diplôme. En plus de favoriser la participation communautaire et démocratique, le fait de poursuivre ses études a une incidence positive sur le bien-être social et mental, y compris l’estime de soi, la bonne santé, la stabilité conjugale, la sécurité financière, la satisfaction au travail, la socialisation et la capacité de planifier son avenir (Fortin, 2016). Il est prouvé que l’amélioration du niveau de scolarité favorise un mode de vie plus sain et la participation communautaire, ce qui est profitable non seulement aux personnes, mais également à la société dans laquelle elles vivent (OCDE, 2012).

 

Bibliographie

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Brooks-Gunn, J. et Duncan, G. J. (1997). The effects of poverty on children. Children and Poverty, 7(2), 55-71.

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[1]  L’insécurité alimentaire est définie comme un accès inadéquat aux aliments en raison de contraintes financières.