Un juste équilibre: Une diplômée de Passeport explique pourquoi il faut davantage de femmes dans des postes de leadership.

March 7, 2019

Le texte suivant a été rédigé par Leandre, une diplômée de Passeport pour ma réussite de la communauté Regent Park à Toronto (Ontario). Nous sommes fiers de joindre nos voix à celle de Leandre pour souligner la Journée internationale des femmes et le travail des nombreuses jeunes leaders qui se dévouent à la cause de l’égalité entre les genres et à un juste équilibre (#BalanceforBetter) dans leurs communautés locales.

 

C’est la Journée internationale des femmes et le thème de cette année, #BalanceforBetter (Un juste équilibre), me fait réfléchir en tant que personne qui lutte pour l’égalité des genres, tant dans ma vie personnelle que professionnelle.

Lorsqu’on parle d’une carrière réussie, on évoque souvent l’importance de la conciliation travail-vie personnelle et de son rôle dans le maintien d’un mode de vie sain. On peut en dire autant de notre société pour ce qui est du genre. Nous devons atteindre un équilibre entre les genres et les identités de genre afin de créer une société saine et la préserver.

Pour moi, #BalanceForBetter signifie qu’il faut trouver un équilibre parmi les genres et les identités de genre à l’échelle sociale, financière et politique, notamment en permettant aux femmes et aux personnes s’identifiant comme non binaires ou transgenres d’accéder à des postes décisionnels.

Au fil des années, j’ai eu le privilège de travailler auprès de femmes leaders inspirantes, et ces expériences ont véritablement forgé ma perception de moi-même et de ma place dans le monde.

Mon premier emploi m’a été offert par une femme qui a su déceler mon potentiel malgré mon manque d’expérience. J’avais environ 16 ans. J’avais couru jusqu’au lieu de l’entretien, car je n’avais pas d’argent pour prendre l’autobus (d’où le besoin de trouver un emploi) et j’étais essoufflée en arrivant à la porte. J’ai respiré profondément, pris une bonne posture et répondu à la série de questions qu’elle me posait sur mon éducation et mon expérience de bénévolat.

À la fin de l’entretien, elle a dit : « Bon, tu n’as pas d’expérience de travail. »

« Non », ai-je répondu, un peu découragée.

« Eh bien, chacun mérite une chance », a-t-elle affirmé. « Quand peux-tu commencer? »

C’est ainsi que la semaine suivante, j’ai commencé mon travail comme hôtesse dans un restaurant mexicain. Ce geste en apparence anodin — le fait que cette femme a reconnu mon potentiel et a bien voulu faire abstraction de mon manque d’expérience — a été déterminant pour moi puisqu’il m’a permis de décrocher d’autres emplois par la suite. Elle a ouvert la porte à ma vie professionnelle en me permettant d’acquérir de précieuses compétences en service à la clientèle, en calcul et en relations interpersonnelles, un savoir-faire qui n’a fait que s’accroître avec le temps. 

J’ai maintenant 23 ans et j’ai travaillé et fait du bénévolat pour des organismes remarquables, dont plusieurs comptaient des femmes au sein de leur équipe de direction.

J’ai été bénévole pendant cinq ans chez Plan Canada dans le cadre du programme Parce que je suis une fille sous la supervision de l’inspirante chef de la direction Caroline Riseboro et aux côtés d’autres femmes formidables.

J’ai travaillé pour Condition féminine Canada, sous la direction de la ministre de l’époque, Patricia Hajdu, qui est aujourd’hui ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail.

J’ai également travaillé chez Passeport pour ma réussite Canada, où non seulement les femmes étaient extrêmement bien représentées sur le terrain au sein du personnel local et des mentors, mais elles étaient également très présentes dans les postes de direction, avec des leaders fortes comme Sue Gillespie, la présidente et chef de la direction, et Carolyn Acker, la fondatrice de l’organisme.

Ces femmes sont d’excellents modèles de leaders qui rétablissent l’équilibre, alors que la balance est si souvent penchée en faveur des hommes. Mais la tâche ne revient pas qu’aux femmes. Et il ne faut pas nécessairement être chef de la direction ou cadre pour agir. Nous pouvons, et je dirais même que nous devons tous travailler ensemble pour atteindre l’équilibre entre les genres dans notre société.

Si vous ne savez pas comment agir pour la cause au quotidien, voici quelques trucs pratiques pour contribuer à un plus juste équilibre.

 

Informez-vous

  • Faites vos recherches. Cela ne veut pas dire que vous devez vous rendre à la bibliothèque et vous lancer dans les statistiques. Vous pouvez simplement choisir d’être plus conscient des enjeux liés au genre ou d’ouvrir la discussion à ce sujet avec les gens qui vous entourent.
  • La recherche par observation est aussi une façon efficace de développer un regard critique sur le monde et la manière dont nous sommes traités en fonction de notre genre.  
  • Si vous ne partagez pas ma passion pour l’observation des autres, vous pouvez toujours lire un livre pour vous ouvrir à un vécu qui vous est étranger. Par exemple, je lis actuellement Equality For Women = Prosperity For All par Augusto Lopez-Claros et Bahiyyih Nakhjavani. Un de mes passages préférés du livre est le suivant : « Quand les femmes sont privées de leurs droits, les économies s’effritent, les démocraties sont minées et le tissu social se dégrade radicalement. »

 

Parrainez d’autres femmes et encouragez le mentorat par les femmes

  • Il est dur de devenir ce qu’on ne voit pas, raison pour laquelle le mentorat par les femmes est crucial.
  • À l’école secondaire, j’ai eu la chance d’avoir des mentors hommes et femmes grâce à Passeport pour ma réussite Canada. Les mentors masculins m’ont encouragée à persévérer à l’école, mais les femmes qui m’ont parrainée m’ont montré, en tant que modèles, que cette persévérance en valait la peine. Leur simple présence me disait : « Moi, j’ai réussi, et tu en feras autant. »
  • Je n’avais pas une idée précise de là où je serais dix ans plus tard, mais je voyais des femmes noires qui avaient un baccalauréat, malgré les défis qu’elles avaient dû affronter dans leurs communautés. Ces femmes m’ont permis de rêver et de cultiver des ambitions par procuration, en quelque sorte.
  • En plus de Passeport pour ma réussite Canada, qui offre des programmes partout au pays, voici deux autres programmes que je connais bien : 1) Le programme Girls E-Mentorship (GEM) Innovation de Regent Park, une excellente ressource pour les femmes basées à Toronto qui veulent parrainer des jeunes filles et 2) G(irls)20’s Girls on Boards, que je recommanderais à toute jeune femme qui souhaite faire partie d’un comité dans sa communauté et occuper plus tard un poste de haute direction.

 

Faites parler votre portefeuille

  • Un autre geste très simple, mais très efficace est de soutenir des entreprises dirigées par des femmes.
  • Cette idée m’est venue lorsque j’ai rejoint la branche féminine du Economic Club of Canada, Girl Gang, qui fait affaire avec des entreprises dirigées par des femmes, comme des traiteurs, dans le cadre de ses événements. Ces gestes m’ont permis de voir qu’il est important de passer de la parole à l’acte.
  • En plus de soutenir des entreprises dirigées par des femmes (des sociétés avec lesquelles vous faites affaire aux magasins où vous faites vos achats, en passant par les fabricants des produits que vous consommez), vous pouvez aussi faire des dons à des organismes qui luttent pour réduire l’écart entre les genres.

Donnez votre temps en faisant du bénévolat

  • Tout n’est pas une question d’argent. La manière dont vous employez votre temps peut être tout aussi significative.
  • Si vous n’avez pas d’argent à donner, vous pouvez faire le don de votre temps en rejoignant des groupes, des clubs ou des associations qui œuvrent pour éliminer l’inégalité entre les genres.
  • Pour ma part, j’ai rejoint le programme Parce que je suis une fille de Plan Canada (« Speakers Bureau ») et la branche Girl Gang du Economic Club of Canada.

Dirigez avec respect

  • Si vous êtes en position d’autorité, assurez-vous qu’il y a un juste équilibre entre les genres au sein de votre communauté, de votre organisme, etc. Les femmes ont tendance à prendre la parole plus lentement que les hommes et se font interrompre davantage. Soyez conscient de ces dynamiques et assurez-vous de cultiver un environnement où les femmes reçoivent du soutien pour s’épanouir.
  • Par exemple, quand vous posez une question dans une réunion, laissez du temps aux participants pour formuler leurs réflexions et y répondre. Si une personne se fait interrompre, intervenez pour lui demander d’exprimer sa pensée jusqu’au bout.

Nous avons tous des rêves que nous souhaitons réaliser. Mais parfois, le poids écrasant de l’inégalité entre les genres nous empêche de rêver en GRAND, de percevoir notre plein potentiel.

Mais vous savez quoi? Tout comme la femme qui a vu mon potentiel alors que j’avais 16 ans, je vois le vôtre. Alors, rêvez en GRAND parce que c’est possible que vous deveniez chef d’entreprise, médecin, scientifique, enseignante, quel que soit l’emploi de vos rêves, tout comme il est possible de vivre dans un monde dévoué à l’égalité entre les genres.

Toutefois, nous devons avant tout nous engager à collaborer pour atténuer le fardeau de l’inégalité et viser un juste équilibre. Cela commence par une diversité au sein des postes décisionnels et du personnel enseignant, et par une valorisation de la diversité de genres. Cela commence aussi par des conversations ouvertes et honnêtes, bien qu’elles puissent paraître difficiles.

Tandis que des entreprises comme Gillette, avec leur publicité qui s’attaque à la masculinité toxique, et des personnes partout à travers le monde cheminent à grands pas vers l’égalité